Une des filles de l’auteur, Anaïs qui avait environ 14 ans au moment de la capture de cette belle barbue.

BARBUE
DE RIVIÈRE

Par Alain Cossette

Le poisson-chat le plus répandu
en Amérique du Nord

La Barbue de rivière (Ictalurus punctatus) est l’espèce de poisson-chat la plus fréquente et la plus prisée pour la pêche en Amérique du Nord. Il faut savoir qu’elle est aussi l’un des plus gros spécimens parmi ses pairs devancé seulement par le poisson-chat bleu (Ictalurus furcatus), capable de dépasser les 140 livres (63 kg) et le poisson-chat à tête plate (Pylodictis olivaris) avec un poids maximal de 120 lb (55,8 kg) . Pour moi cela a été toute qu’une aberration que d’apprendre qu’il existait une cinquantaine d’espèces de poisson-chat en Amérique du Nord; comme quoi on en apprend à tous les jours. Je ne pouvais pas m’empêcher d’écrire sur son sujet puisque mon entourage et moi avons vécus de beaux moments en pêchant cette espèce.

Ma première rencontre

Comme déjà mentionné dans un article précédent j’ai eu la chance de côtoyer un pêcheur commercial à qui je rendais visite régulièrement, en chaloupe, alors qu’il relevait ses verveux. Il faut savoir qu’à cette époque le Lac St-Pierre contenait de l’anguille, de la perchaude et de la barbotte brune en grande quantité. Un bon matin j’aperçois pour la toute première fois une barbue au travers des autres poissons qu’il avait récoltés. Cette dernière n’était pas grosse et de par sa forme et sa coloration j’ai immédiatement pensé que c’était une barbotte femelle. Monsieur Dupuis s’est alors mis à rire et m’a fait part que ce poisson était de la même famille mais que c’était une toute autre espèce. Et Oui… Elle fait partie de la famille des ictaluridés qui regroupe les poissons-chats nord-américains. Quant à moi j’avais au moins l’excuse d’avoir à peine 10 ans.

Un peu de biologie

Ce poisson possède 4 paires de barbillons; ce sont des appendices sensoriels qui peuvent l’aider lors de sa recherche de nourriture. Ces derniers font penser à des moustaches de chat; de là probablement l’utilisation du terme poisson-chat. Généralement il possède une bouche assez large, le dos est de coloration plus foncée alors que ces flancs le sont moins; quant à son ventre la coloration peut varier du gris, au jaune et au blanc. Souvent les flancs sont parsemés de taches noires. Quant à la queue il faut savoir qu’elle est fourchue, ce qui la distingue de la barbotte brune; une autre distinction de cette espèce est son poids… On en reparlera plus loin.

Crédit :  Engbretson, Eric / U.S. Fish and Wildlife Service

Une barbue de rivière. Remarquez ses barbillons qui lui servent dans sa quête de nourriture.

Cette espèce d’eau chaude est bien adaptée pour les eaux courantes et aime se tenir dans les fosses profondes sur fond sablonneux, graveleux et rocheux. Quant à son alimentation elle est assez diversifiée tant au niveau végétal qu’animal; allant jusqu’à se nourrir de matière organique morte ou en décomposition. Et oui elle peut se nourrir de certaines plantes aquatiques, d’algues vertes et de graines d’arbre. Sur le plan animalier elle se nourrira d’insectes, de mollusques, d’écrevisses, de grenouilles, de poissons et parfois même d’oiseaux.

A : Envato

B :  Duane Raver, USFWS

La queue très fourchue de la barbue (A) permet de la différencier facilement de sa cousine plus petite la barbotte brune qui est dotée d’une queue carrée (B).

Reproduction

La barbue de rivière fraye généralement à la fin du printemps et au début de l’été; soit vers le mois de juin alors que la température de l’eau atteint les 21° Celsius. C’est le mâle qui construit le nid dans des endroits retirés et faiblement éclairés; trous naturels ou ceux creusés par les rats musqués, troncs creux, amas de pierres,… De plus c’est ce dernier qui va protéger, ventiler et nettoyer les œufs durant les 5 à 10 de jours de l’éclosion; par la suite les alevins vont rester de 2 à 5 jours dans le nid.

Ma première expérience de pêche à cette espèce

Je me suis mis à pêcher cette espèce au début des années 80 et cela au quai localisé à Ste-Anne-de-Bellevue. OUF que cela me rappelle de beaux souvenirs et quelques anecdotes. La méthode de pêche la plus simple et prisée des pêcheurs est l’utilisation d’un plomb coulissant suivi d’un émerillon, d’un bas de ligne et d’un hameçon. À cette époque j’utilisais des gros meuniers vivants comme poissons appâts; aujourd’hui ils sont interdits. Le propriétaire du magasin de chasse et pêche localisé à l’Île Perrot était lui-même un pêcheur commercial de poissons-appâts. Je demandais à ce dernier de me garder les meuniers pour que ce soit moi qui les achète. J’avais remarqué que les barbues adoraient les menés de bonne taille et de cette espèce. Le poids moyen de mes captures variait entre 2 et 4 kg alors que mon plus gros spécimen capturé au Québec avoisinait les 9 kg et cela au quai de Côteau-du-Lac.

Pourquoi ne pas vous raconter une anecdote qui est survenue à de nombreuses reprises sur le quai de Ste-Anne-de-Bellevue. Il y avait souvent des asiatiques qui en voyant mes menés dans ma chaudière me demandaient si je voulais leur donner quelques spécimens pour les manger. Tous restaient bouche-bée lorsque je leur faisais part que ces derniers servaient d’appâts; inutile de vous mentionner qu’ils restaient un certain temps afin de prendre connaissance de mes prises.

Et pourquoi pas une deuxième anecdote. Alors que je pêchais sur ce même quai j’ai vu un pêcheur un peu loin qui a installé sa ligne à pêche au travers de sa chaise pliante pour s’éloigner par la suite et aller parler avec d’autres personnes. Je regardais le tout en me disant qu’il courrait après des problèmes et bien c’est ce qui est arrivé. J’ai vu sa canne plier et sa chaise se déplacer pour tomber en bas du quai. Pauvre lui… Trop tard; surtout quand on sait que de beaux spécimens de cette espèce sont omniprésents.

Comme pour la carpe, le montage plomb coulissant suivi d’un émerillon, d’un bas de ligne et d’un hameçon est très efficace pour la barbue qui aime se nourrir sur le fond.

PÊCHE AILLEURS AU QUÉBEC

Par la suite je me suis mis à pêcher, avec succès, au chalet de ma mère à Batiscan, à St-Augustin-de-Desmaures et sur différents quais le long du corridor fluvial entre Québec et Trois-Rivières. C’est une espèce commune qui aime bien se laisser prendre à l’aide d’un beau gros vers de terre sur un hameçon où le plomb est coulissant. C’est la méthode que j’utilise tout le temps et la plus privilégiée des pêcheurs. Par contre des connaissances à moi me racontent qu’ils aiment bien utiliser des leurres qui dégagent une odeur tels que de la saucisse ou des produits odoriférants. Quelques pêcheurs la pêchent avec des cuillères ou des jigs mais ils sont peu nombreux. D’ailleurs j’en ai capturé occasionnellement avec des jigs en pêchant le doré au Lac St-Pierre.

Par contre je me suis aperçu que les individus récoltés dans la région de Québec étaient de plus petite taille; 1 à 2 kg. Je soupçonne que cela doit avoir un rapport avec la température de l’eau et de son alimentation. Sachez que lorsque la température de l’eau atteint les 13° Celsius la pêche diminue et elle est nulle lorsque la température est de 4° Celsius. La pêche est bonne toute la journée mais elle donne de meilleurs résultats de nuit.

Petite barbue capturée avec un jig lors d’une pêche au Lac St-Pierre avec le guide Roger Gladu.

DISTRIBUTION ET POIDS

La barbue de rivière est répandue aux États-Unis et au sud de certaines provinces canadiennes; un peu plus loin je vous raconterai mon expérience de pêche à cette espèce sur la rivière Rouge au Manitoba. On la retrouve au sud du Québec et surtout dans le St-Laurent et ses tributaires. Elle est abondante et même exploitée commercialement. Cette espèce a été introduite illégalement au Nouveau-Brunswick et elle est donc considérée comme une espèce envahissante dans cette province.

Le record nord-américain pesait 26,3 kg et il a été capturé le 7 juillet 1964 dans le réservoir Santee-Cooper en Caroline du Sud. Quant au record canadien il pesait 20,18 kg et il a été capturé dans la rivière Rouge au Manitoba où j’ai eu la chance d’aller pêcher.

PÊCHE SUR LA RIVIÈRE ROUGE AU MANITOBA

Et oui j’ai eu cette chance. Cette rivière est bien connue des américains et ils viennent y pêcher en raison de la qualité de la pêche et j’ai eu l’heureuse possibilité de le constater par moi-même. Bob Barton m’a donné cette chance en m’y amenant, ainsi que Dave Powell de l’Alberta, à bord de son bateau. Nous avons capturé de nombreux individus et Dave a échappé un monstre qui ne lâchait pas le fond et il a fallu qu’on lève l’ancre afin de pouvoir le suivre. J’aurais tellement aimé lui voir la binette. Pour vous donner une idée en une seule soirée j’ai moi-même pêché 5 spécimens de plus de 86,5 cm; cette mesure équivaut à un poisson de 7 kg. Grâce à cela j’ai obtenu du gouvernement du Manitoba 5 certificats de Master Angler (certificat officiel de trophée «Maître Pêcheur»).

Une des 5 barbues ayant valu le titre de Master Angler à l’auteur lors d’une pêche sur la rivière rouge au Manitoba avec Bob Barton

Ne vous gênez surtout pas pour aller pêcher cette espèce car nous avons la chance d’y avoir accès par les quais le long du couloir fluvial et ses tributaires et vous n’avez pas besoin d’équipements sophistiqués…Une pêche en toute simplicité.

BONNE PÊCHE!

Une des filles de l’auteur, Emma Cossette à 12 ans, avec une belle barbue. Remarquez le ventre bien blanc du poisson.

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