Quelques conseils pour choisir les meilleures mouches et techniques en tout temps!
Dans un premier temps, réglons le cas des mouches en citant ce vieil adage: «La meilleure mouche est celle attachée à votre bas de ligne.» Voilà, tout est dit! En effet, les mouches qui sont dans votre boîte ne risquent pas de capturer grand-chose, tandis que celle qui est à l’eau a toutes ses chances. Cela dit, malgré l’évidence derrière ces sages paroles, cela serait trop facile…
Pour ma part, je crois que la meilleure mouche à truite se trouve parmi ces dernières: les streamers Woolly Bugger, André A et VSQB; les nymphes Golden Stone et Pheasant Tail; les sèches Chernobyl Ant, Elk Hair Caddis et Adam Parachute. Si vous pêchez la truite avec ces offrandes dans les tailles #8 à #18 et que vous ne prenez rien, de deux choses l’une, ou vous êtes en plein front froid, ou vous êtes tout simplement bon à rien! J’en conviens, je suis parfois trop catégorique, mais ces mouches devraient vous sortir de la mouille même dans les pires conditions.
La Woolly Bugger demeure une des meilleures et polyvalentes mouche pour attraper de la truite.
À une époque pas si lointaine, j’aurais également suggéré les nymphes Hare’s Ear et Casual Dress, les streamers Magog Smelt et Muddler Minnow de même que les mouches sèches Royal Coachman et Stimulator, des mouches que je transporte toujours dans mes boîtes d’ailleurs. Et si on remonte encore plus loin, j’aurais suggéré les nymphes Prince et Caddis Pupa, les streamers Mickey Finn et Tiger Ghost ainsi que les mouches sèches Humpy, Usual et Ausable Wulff. Sans parler des Black et Griffith’s Gnats, de la Miracle, des Midges, des fourmis, des sauterelles et j’en passe!
La fameuse Muddler Minnow connue même des non moucheurs est une autre mouche qu’il faut avoir dans sa boite pour tromper les truites.
En fait, les bonnes mouches pullulent, mais elles ne sont qu’une variable de l’équation. D’autres facteurs sont également à considérer. Par exemple, l’endroit où vous pêchez, la profondeur, votre technique de récupération, la longueur de votre bas de ligne, le diamètre de votre avançon et même votre nœud! En effet, un streamer coincé dans un nœud conventionnel (nœud d’anguille par exemple) aura beaucoup moins d’action que s’il ondule librement dans la boucle d’un nœud Rapala. Il faut aussi prendre en compte votre matériel à bas de ligne. Par exemple, pêcher une mouche sèche avec un bas de ligne en fluorocarbone est contre-productif (ce matériau coule), tout comme pêcher une noyée avec du nylon (ce matériau flotte). Certains iront même jusqu’à vous parler des cycles lunaires en eau douce et des marées en eau salée, et j’en suis! Sans compter la saison, le moment de la journée, la température de l’eau, la météo…
Et que dire de «l’humeur» des poissons? Si le saumon que vous voyez parfaitement au fond de la fosse n’est pas preneur, vous aurez beau lui lancer tout ce qui vous tombe sous la main, il ne bougera pas d’un iota! Il faut aussi parler de la sacro-sainte présentation. Par exemple, un Stimulator (plécoptère) qui se pose avec fracas est tout à fait naturel, mais un Pale Morning Dun (éphémère) doit se poser avec toute la délicatesse du monde! Enfin, il y a votre propre maestria. Par exemple, si vous êtes en mesure de faire dériver des nymphes librement, mais incapable de déceler la moindre touche, à quoi bon? Bref, la mouche n’est qu’une variable, même si elle a toute son importance.
Maintenant, comment choisir la «meilleure»? La plus appropriée? Élémentaire Watson! Si vous vous mesurez à de gros bestiaux qui se nourrissent essentiellement de menés, optez pour un streamer VSQB, André A ou un bon vieux Woolly Bugger. Si ni l’un ni l’autre ne fonctionne, changez votre soie flottante pour une plongeante et avec le système de décompte, testez toutes les profondeurs. Comment? En lac, vous lancez et laissez couler votre mouche 10 secondes avant de récupérer. Si vous n’obtenez aucun résultat, vous laissez couler 10 secondes de plus et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous trouviez la profondeur payante. En rivière, optez plutôt pour une soie à bout plongeant ou carrément des bouts plongeants de différentes densités, cela vous permettra de réaliser les repositionnements nécessaires pour contrôler les dérives et la profondeur de vos présentations.
L’auteur avec une magnifique mouchetée trophée leurrée avec un streamer VSQB (de sa conception).
Maintenant, sur le plan technique, même si les streamers se pêchent pratiquement toujours en ¾ aval en rivière, ne craignez pas d’expérimenter d’autres approches. Par exemple, en pleine canicule, j’utilise une technique singulière que j’ai «créée» (même si je sais très bien que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme) complètement par hasard, un cas typique de sérendipité que je vous raconte ici…
Cet après-midi-là, le soleil plombait à me liquéfier la cervelle et la rivière Saranac était en étiage sévère. J’avais essayé en vain pratiquement toutes les mouches énumérées plus haut et je songeais sérieusement à me convertir au bowling… D’autant plus que je surplombais la rivière du haut d’un gros rocher et que je voyais les truites monter régulièrement sur mes offrandes, mais s’en détourner à la dernière seconde. Pourtant, les dérives de mes sèches étaient impeccables et mes nymphes dérivaient telles de pauvres petites créatures vulnérables. Enfin, j’avais fait une croix sur mes streamers puisque le débit de la rivière était anémique et le secteur tapissé de trop nombreux rochers.
En désespoir de cause, je décide tout de même d’attacher un VSQB #8 et de le pêcher ¾ amont afin de le faire dériver librement au ras du fond. Évidemment, il n’y a rien de nouveau dans cette technique et comme avec toutes les autres, je continuais de baiser le cul de la vieille. Par dépit et frustration, je tire vivement sur ma soie afin de changer de mouche tandis que mon VSQB dérive toujours. Au même moment, une grosse truite attaque franchement mon streamer! Ça, par exemple! Après un combat aussi bref qu’inattendu, je passe le poisson à l’épuisette et essaye de comprendre le pourquoi du quoi. En fait, j’avais accidentellement bonifié la technique du Leisenring Lift, qui consiste à faire dériver librement sa mouche avant de la faire monter dans la colonne d’eau, précisément là où se trouvent les poissons.
La petite manip que j’avais fortuitement ajouté consistait à faire le «lift» non pas à la fin de la dérive, mais bien juste un peu avant, ce qui provoque un virage précipité du streamer à 180 degrés, une espèce de simili fuite en catastrophe qui déclenche inévitablement l’instinct des prédateurs. Un peu comme quand on donne une pichenotte sur une boule de papier près d’un chat qui somnole. Ou encore, quand vous moulinez à vitesse grand V pour changer de mouche et que soudain… KABOOM! Bref, ce jour-là, j’ai appliqué cette variante à mes Leisenring Lift durant tout l’après-midi, autant avec des streamers que des nymphes, et j’ai cartonné à qui mieux mieux. Depuis, ce tour de passe-passe occupe une place d’honneur dans ma boîte à outils.
Une belle truite brune déjouée par l’auteur avec une nymphe.
Maintenant, revenons à nos mouches. Selon le livre, les caractéristiques principales pour faire le bon choix sont la taille et la couleur, même si cela a beaucoup moins d’importance lorsque les poissons sont opportunistes, ce qui est le cas la plupart du temps. Cependant, lorsqu’ils deviennent sélectifs, oubliez la panoplie de mouches que je vous ai suggérées plus haut. Ici, nous entrons dans une autre dimension de la pêche à la mouche, soit l’entomologie. En effet, si vous vous retrouvez au beau milieu d’une émergence d’ephemerella subvaria #16 à #20 et que vous leur lancez autre chose qu’une Hendrickson dans cet ordre de grosseur, tout ce que vous risquez de faire est leur flanquer la frousse de leur vie et de piquer une crise de nerfs!
Dans ces moments-là, vos meilleurs outils sont le filet, le calendrier d’émergences, les tableaux à la porte des «fly shops» et je m’explique. Ici, l’objectif principal consiste à identifier l’insecte du jour. Avec un filet, vous êtes donc en mesure de les capturer et de trouver la mouche qui imite le mieux celle qui est au menu de Dame Truite. Cette technique est baptisée «match the hatch» par nos voisins du sud. Cela dit, vous pouvez également regarder dans les toiles d’araignées, les buissons ou encore les hautes herbes. Cette quête constitue pour moi le summum. Il n’y a rien de plus stimulant que de pêcher à la mouche sèche au milieu d’une émergence et je vendrais mon âme pour le faire à l’année longue!
Si vous n’avez pas de filet, vous pouvez consulter un calendrier d’émergences. En effet, les insectes aquatiques sont réglés comme de petites montres Suisse. Ils émergent toujours dans les mêmes conditions (température de l’air et de l’eau, moment de la journée, météo…) et surtout, aux mêmes dates. Bien sûr, les printemps peuvent être tardifs ou précoces, mais à une ou deux semaines près, un bon calendrier d’émergences vous donnera l’heure juste. Ainsi, il vous suffira de transporter les deux ou trois modèles de mouches qui émergent autour des dates de vos sorties et vous serez en affaire. Pour ma part, j’ai la chance de pêcher dans le parc des Adirondacks où les «fly shop» abondent et ces boutiques de pêche à la mouche offrent des sorties guidées quotidiennes. Ainsi, les guides sont parfaitement au fait des émergences, de la température de l’eau et du niveau de chaque rivière au jour le jour et tous les «fly shop» affichent ces données sur un tableau accroché devant la porte d’entrée. Ils offrent également ces informations sur internet: (river report). Ainsi, il vous suffit de consulter ce tableau pour connaître tout ce qu’il y a à savoir en temps réel.
Maintenant, même si vous connaissez «la mouche du jour», vous n’avez que 20% du travail de fait. Il vous reste le plus stimulant, mais également le plus difficile à exécuter lorsque les truites sont sélectives, c’est-à-dire présenter parfaitement votre offrande. En effet, il ne suffit pas d’attacher la bonne, il faut la présenter correctement, au moment et à l’endroit précis, avec une dérive impeccable, sans trainée ni sillon. À la moindre erreur, c’est «game over» et croyez-moi, ce n’est pas de la tarte. Quand j’étais jeune, mon père (paix à son âme) me répétait sans cesse: «Mon garçon, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire…» et je pense toujours à lui quand je déjoue l’une de ces grosses truites sélectives.
La technique se nomme ¾ amont et consiste à lancer sa mouche sèche dans un angle de 45 degrés vers l’amont et repositionner sa soie de telle sorte que la mouche dérive le plus naturellement possible. Je vais revenir en détail sur cette technique dans mes futures chroniques, mais en attendant, voici quelques informations qui devraient vous aider. D’abord, sans détenir un doctorat en entomologie, vous devez faire la différence entre les familles d’insectes aquatiques (éphémères, trichoptères, plécoptères, diptères…) parce que le mouvement fait foi de tout et qu’ils se meuvent tous différemment. Par exemple, un éphémère émergeant va dériver en bougeant à peine, tandis qu’un trichoptère adulte va patiner carrément à la surface de l’eau. La mouche est déterminante, certes, mais le mouvement que vous allez insuffler à votre petite touffe de plumes et de poils fera toute la différence. La manière dont les truites gobent peut aussi vous en dire beaucoup sur le menu du jour, surtout lorsque différents insectes se retrouvent à la surface. Je reviendrai sur cet autre sujet dans mes chroniques sur la pêche à la mouche sèche.
Lorsque les truites deviennent sélectives il faut avoir quelques notions d’entomologie et savoir faire la différence entre les grandes familles d’insectes. Sur la photo, un éphémère, un groupe assez facile à reconnaître et réputé pour ses grandes émergences.
En attendant, voici quelques trucs pour cartonner avec une mouche sèche. Allongez votre bas de ligne autant que faire se peut. Jusqu’à 18 pieds si vous le pouvez! Ensuite, observez bien à quel moment et dans quelle ligne de courant (feeding line) monte le poisson pour lui lancer dans le bon espace-temps. Enfin, sur le plan chronologique, la pêche à la mouche sèche débute autour de la fête des mères dans les Adirondacks (deux semaines plus tard dans le sud du Québec, et encore deux autres plus au nord). Elle arrive avec les premières émergences de simuliidae, communément appelées mouches noires, ou avec l’apparition des premiers asteraceae (pissenlits). Sur le plan de la température de l’eau, elle doit atteindre au moins 7-9 degrés et le summum se situe autour de 10-12 degrés. Voilà pourquoi tout pêcheur à la mouche qui se respecte transporte un thermomètre…
Pour terminer, les mouches de surface ne sont pas les mêmes pour pêcher les essocidae (brochets), persidea (dorés) et centrarchidea (achigans). Voici ma petite suggestion de mouches pour ces derniers. D’abord, la spectaculaire Gurgler qui déjoue toujours sa part de gros prédateurs. Également, un modèle de grenouille muni d’un dispositif anti-joncs pour pêcher dans la végétation. Pour ma part, j’utilise depuis quelques temps la Rio’s Shimmy Frog 3/0 qui fait parfaitement le boulot. J’ai aussi une mouche qui imite un caneton et ceux qui disent que les gros prédateurs ne mangent pas de ce pain-là ne savent pas de quoi ils parlent!
Ajoutez le texte de votre infobulle ici
A : un gros achigan à grande bouche qui n’a pu résister à un Gurgler présenté en surface. En B l’auteur avec un coffre plein de mouche de type Gurgler.
Pour déjouer ces carnivores sous la surface, maintenant, j’opte pour des streamers XL tels que des Deceiver ou autres bucktails dans les tailles 3/0 à 6/0. Cela dit, on pourrait penser que les nymphes sont dérisoires pour ces gros clients, mais ce n’est pas le cas. J’en veux pour preuve cette grosse Bull Trout que j’ai tenté de déjouer à vue avec tous les gros streamers de ma boite, mais en vain, et qui a finalement mordu sur une nymphe #18 que je destinais à une cutthroat en tête de fosse! Naturellement, je n’ai jamais été en mesure de passer ce monstre à l’épuisette… Après un combat mémorable de plusieurs minutes (je devais être TRÈS poli), elle a ouvert l’hameçon dès que j’ai appliqué la pression. Morale de cette histoire: la pêche à la mouche n’est pas une science exacte. Ça s’apprend et ça se cultive.
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A: le kit du parfait pêcheur de gros prédateurs; des Gurgler en haut pour la pêche de surface et des bucktails en bas pour les déjouer sous la surface. B: un beau brochet déjoué par l’auteur qui a été trompé par un gros bucktail.
Cet article devait s’intituler « Cinq conseils pour choisir la meilleure mouche et la meilleure technique en tout temps » alors, les voici en bref:
1- Le « match » parfait pour prospecter sous la surface: une mouche Woolly Bugger noire de taille #2 à #8 pêchée ¾ aval.
2- La combinaison classique pour prospecter en surface: une mouche Adams Parachute #16 à #20 pêchée ¾ amont.
3- Une astuce qui a fait ses preuves pour prospecter les zones à gros prédateurs: une mouche Gurgler blanche #2 à #3/0 récupérée par saccades et entrecoupée de longues pauses (2 à 3 secondes),
4- Un stratagème éprouvé pour pêcher à travers la végétation: une mouche Rio’s Shimmy Frog 3/0 récupérée lentement et entremêlée de nombreuses pauses.
5- L’incontournable pour les truites sélectives: la «mouche du jour» pêchée le plus naturellement du monde
Quelques trucs en vrac:
-Soyez discret. Tant que vous n’effrayez pas le poisson, vous avez toutes vos chances.
-Soyez patient. Certains poissons exigent non seulement de la technique, mais beaucoup de patience.
-N’hésitez pas à ajouter des plombs fendus sur votre bas de ligne quand vous pêchez avec des nymphes.
-Lorsque vous pêchez à vue, prenez le temps de bien analyser la situation pour déterminer le meilleur endroit où vous poster.