CHRONIQUE
100% PÊCHE À LA MOUCHE

Par Mario Viboux

Repositionnement aérien et sérendipité!!

Voici la conclusion de ma dernière chronique concernant le repositionnement aérien et la sérendipité :

En approchant d’elle, je finis par comprendre qu’elle avait capturé ce magnifique saumon «à vue», malgré l’un des pires lancers qu’elle n’ait jamais réalisés.  Comme je vous le disais dans ma précédente chronique, à l’époque, je croyais qu’un bon lancer était tout simplement… un bon lancer! J’exhortais donc mes jeunes à pêcher sur une ligne toujours bien tendue.  Je leur disais que la soie doit se dérouler parfaitement, tout comme le bas de ligne, et que la mouche doit se poser le plus loin possible du bout de la soie, tel un papillon diaphane. Pour moi, tout l’art de la pêche à la mouche résidait dans cet enchainement. 

Seulement, comme le dit si bien Norman Maclean dans le brillantissime film (et livre) La rivière du sixième jour, «Toutes les bonnes choses, – que ce soit la truite ou le salut de l’âme – viennent par la grâce. La grâce vient par l’art, et l’art est difficile.» En conséquence, mes jeunes en faisaient la pénible expérience chaque mercredi dans un gymnase que je louais pour leur enseigner l’art du lancer et plus souvent qu’autrement, leur soie, leur bas de ligne et leur mouche se posaient en tas parce qu’ils ne respectaient pas le plan, ou ne faisaient pas des arrêts suffisamment nets. Je leur disais alors qu’ils faisaient «des spaghettis» et je me mettais à chanter ce vieux jingle publicitaire: Da Giovanni, Da Giovanni, Da Giovanni, Da Giovaaaniiniiiiiii (pardon pour ce vers d’oreille). 

Bref, ce jour-là, ma jeune apprentie m’apprend que le saumon a mordu sur un lancer spaghetti, alors qu’elle avait réalisé de superbes lancers jusque-là.  Comment était-ce possible? Après mûre réflexion, j’en ai déduit que la mouche avait dû couler de quelques centimètres avant que le courant ne remette le tapon sous tension.  Ainsi, la mouche était apparue plus distinctement au poisson et BINGO!

Plus tard, j’ai «faite» mes recherches (comme on dit aujourd’hui) et j’ai découvert que ma jeune élève avait réalisé un «pile cast» (aussi appelé «dump cast» ou lancer parachute) sans le savoir (un cas patent de sérendipité). Ce lancer a d’abord été créé pour permettre à une mouche sèche de dériver librement, mais il a été adapté par les pêcheurs de steelhead de la côte Ouest afin de faire couler leurs mouches fortement lestées.  En prime, ma jeune néophyte avait eu l’intuition de pêcher un lancer «raté», ce qui lui a permis de décrocher la timbale.  Enfin, cerise sur le gâteau, ce mou involontaire a permis au saumon de se ferrer tout seul, en plein ce qu’il faut faire lorsqu’on pêche en ¾ aval (nous reviendrons là-dessus dans ma prochaine chronique).  Plus fortuit ou «sérendipide» que ça, tu meurs!

Maintenant, voyons de quoi il en retourne sur le plan technique. Pour réaliser volontairement ce repositionnement aérien, voici le modus operandi:  d’abord, effectuez un lancer haut vers l’avant. Ensuite, immédiatement après l’arrêt net, avant même que la ligne n’ait eu le temps de se dérouler, baissez le bout de la canne d’un mouvement sec jusqu’à l’eau. Vous vous retrouverez ainsi avec du «mou» en quantité industrielle. Cependant, ce trop-plein peut occasionner un problème majeur. En effet, si un poisson prend la mouche alors que vous avez beaucoup de mou, le ferrage sera très difficile. Que faire alors? Dans un premier temps, je vous suggère d’éviter une surabondance de «mou» en ne produisant que le stricte nécessaire pour faire plonger la mouche à la bonne profondeur.  Cela dit, même si vous êtes précis comme une horloge, il y aura tout de même du mou et la meilleure façon de ferrer dans ces conditions est avec un lancer rouler.  D’ailleurs, mon plus beau bar rayé a été ferré ainsi et je m’en rappellerai toute ma vie, alors que je pêchais à Menemsha, sur la magnifique Martha’s Vineyard Island dans le Massachussetts, lors d’un «road trip» mémorable avec Selma, mais cela est une autre histoire…    

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